Mon dernier bilan remonte à la fin octobre 2020. Ouf, je vous ai négligé.

Tu vois, j’avais l’impression de n’avoir rien à dire ou trop à dire, mais rien n’était ordonné, tout était un gros tourbillon. La pandémie et tout le stress que ça rajoutait n’a pas été de tout repos. Mais bon, on a tous eu des hauts et des bas, chacun pour nos propres raisons.

Je vous raconte plus bas.

Nous sommes à la fin janvier 2021, à quelques jours de ma fête, et c’est l’urgence de vivre qui me pousse vers l’avant.

Depuis novembre 2020, j’ai vraiment travaillé fort pour apprivoiser mes signaux de faim et de satiété. Quand ça fait des décennies que tu dictes à ton corps ce qu’il va manger, combien il va en manger et quand il sera nourri, disons qu’il n’est pas super collaboratif quand tout d’un coup, et sans crier gare, tu te mets à son écoute. Il attend ton signal et non l’inverse.

Pour la faim, j’avoue que cela a été facile de recommencer à l’entendre. Je me suis rendue compte que je me forçais à l’ignorer. J’ai constaté que j’avais plus souvent faim que je ne l’aurais crû. Aussi, au lieu d’attendre qu’elle me crie dans les oreilles, je me suis pratiquée à l’écouter quand elle chuchote. Et c’est quand elle vient me parler doucement que je dois réagir et aller à sa rencontre.

Pour ce qui est de la satiété, c’est une autre affaire.

La satiété est prude et timide. Dès qu’elle entre dans la pièce, la faim déguerpit. On ne la voit pas encore, car elle se promène sur la pointe des pieds et se fait subtile, puis tout d’un coup – du moins c’est ainsi que je la ressens – elle se transforme en  un éléphant qui prend toute la place et qui barrit. Et là, il est trop tard, le dommage est fait. Donc, si je te traduis ça en termes simples, eh bien, c’est que tu commences à manger; au bout de deux bouchées tu ne sens plus la faim, mais tu sais que la quantité ingérée n’est pas suffisante (à moins de vouloir manger aux 30 minutes). Donc, tu continues de manger en étant hypervigilant à tout signe qu’il faut arrêter de manger. Les signaux sont très subtils et il n’est pas rare (en fait, c’est tout le temps au début) que tu te retrouves tout d’un coup avec une brique dans l’estomac. Tu as échoué.

J’ai donc passé plusieurs semaines à l’épier, à la rechercher, à essayer de voir comment elle se manifeste à moi, car nous n’avons pas tous les mêmes signaux. J’ai lu là-dessus et on dit fréquemment qu’un des signes est la perte d’intérêt envers ce qu’on mange, ce qui indiquerait que le corps est rassasié. Ok. Bon. Ishhh. C’est que moi, c’est rare que je perds de l’intérêt à manger. Pour que ça arrive, il faut que le mets que je vais manger ne m’intéresse pas tant que ça pour commencer. Prise 1.

Bref, déterminée comme je suis (pour ne pas dire obsédée), j’ai découvert que lorsque mon corps est rassasié, je sens le besoin de prendre une respiration plus profonde. Quand je m’arrête à ce moment-là, j’ai assez mangé. Le problème, c’est que même si j’entends la fin de la faim (je ne pouvais pas m’empêcher de faire ce jeu de mots), je refuse souvent de l’écouter. Je prends au moins une ou deux bouchées de plus. Et puisque je suis à l’écoute de mon corps, je sens le trop-plein et je DÉTESTE ça. Prise 2.

L’autre constat que j’ai pu faire, c’est que même si j’entends la faim au bon moment et même si je sais exactement quand je dois arrêter de manger, QUELQUE CHOSE (ou plusieurs) me pousse à continuer de manger. Je suis comme un chien au-dessus de sa gamelle qui regarde autour pour s’assurer que personne ne lui enlèvera son bol, comme s’il croyait que c’était son dernier repas. J’ai même remarqué qu’il m’arrivait de paniquer dans ma tête lorsque je croyais qu’il n’y avait pas assez de nourriture pour me satisfaire. Ce n’est JAMAIS le cas. Ma tête le sait, mais elle n’arrive pas à faire passer le message à mon cerveau limbique. J’ai souvent l’anxiété au plafond. C’est totalement con, mais c’est ainsi. Prise 3.  Game over.

Je me suis sentie game over plusieurs fois, sous l’emprise de quelque chose qui me possède. La thérapeute m’a expliqué que c’est ainsi que ça se passe quand on a un trouble alimentaire. Quelque chose d’irrationnel s’empare de nous. Ce n’est pas facile d’accepter ça. Moi qui ai passé ma vie à tout vouloir contrôler, me voici contrôlée par un ennemi invisible. Mais on me dit qu’on peut le débusquer et l’empêcher d’empoisonner sa vie.

Sur le plan strictement alimentaire, j’ai mangé TOUT ce que je veux. Aucune règle, sauf celle que chaque repas devait me procurer du plaisir. Ça m’a fait du bien pendant un bon moment. Puis est arrivé Noël.

Noël à marde.

Pandémie à marde.

Restrictions sociales à marde.

Bouffe décadente de Noël à marde.

Vu que tout allait quand même bien dans ma thérapie, que je faisais de belles prises de conscience, que je mangeais raisonnablement, que je me sentais bien et que je croyais que tout était sur la coche, voilà que sont arrivées les tourtières, la boisson et les desserts. J’ai perdu la carte. Sans avoir des crises aiguës de boulimie, j’ai quand même outremangé pendant au moins 2 semaines. C’est comme si j’avais encore perdu mes repères. Comme si j’allais encore m’autosaboter. Ce n’était pas la catastrophe, mais c’était quand même comme si je glissais sur de la glace, sans pouvoir me raccrocher.

Cela m’a causé beaucoup de peine et de désespoir. Mais quelque chose est venu m’aider (outre toutes les lectures et les rendez-vous avez les intervenants). En fait, quelques choses sont venues à ma rescousse.

1) Je me suis remise à la méditation (au miminum 1 à 2 séances de 10 minutes par jour).

2) Je me suis remise à faire du tapping (EFT) afin de mieux gérer mes émotions et états d’âme.

3) J’ai mis en place un groupe de soutien et d’entraide privé afin de partager ce que j’apprends et m’entourer de femmes qui vivent elles aussi une relation toxique avec la nourriture et leur corps. Elles n’ont pas toutes un trouble alimentaire, mais elles ont toutes une relation troublée avec l’alimentation et leur corps.

Ça m’a donc aidé. Tout n’a pas été parfait, mais mon niveau de conscience s’est élevé. Au moins, il y a ça.