Safia Nolin  et le perron d’église

Exposez-vous à vos peurs les plus profondes, après cela, la peur ne pourra plus vous atteindre.
– Jim Morrison

L’affaire Safia Nolin ou le perron d’église

 

Comme l’a écrit aujourd’hui la journaliste politicologue Josée Legault : «Le Québec, voyez-vous, est encore et toujours un immense perron d’église. Dans le temps, ça jacassait sur la «robe» d’une telle ou le «chapeau» de l’autre.». Aujourd’hui, le perron est toujours bel et bien en vie mais prend la forme des médias (sociaux et conventionnels).

C’est difficile pour moi de rester calme en regardant tout ce qui s’écrit sur l’affaire Safia Nolin. D’abord, faut-il avoir rien à dire dans les médias pour que ça devienne justement une «affaire»? Sérieux? Faut-il être superficiels passés tout entendement pour écrire des articles sur «l’accoutrement» d’une personne?

C’est tellement hallucinant tout ça, que je ne sais même pas par où commencer. Je pourrais l’aborder d’un point de vue spirituel, pleine de compassion, de tolérance et d’accueil. Mais non. Parfois, être spirituel c’est dénoncer la bêtise.

Vu que je n’ai pas ratissé tous les articles sur le sujet, je vais vous présenter ma réflexion à la suite des billets des mesdames Sophie Desrochers, Lise Bavary et Denise Bombardier.

Commençons par Sophie Durocher

Dans son premier petit encart sur le gala de l’ADISQ, elle décerne à Safia son Coup de gueule en disant :

«J’adore la musique de Safia Nolin, mais se mettre du linge propre pour se montrer devant des centaines de milliers de gens, est-ce vraiment trop demander?»

D’abord, ma belle So, je vais t’avouer que j’ai pas vraiment aimé son look à Safia. Étant moi-même une boulotte, je ne mettrais JAMAIS mon ventre en évidence comme ça, même pas pour aller au dépanneur. Je me suis demandée si elle était tombée sur la tête ou bien si elle faisait un «statement». Et je suis passée à autre chose, comme me demander où Marie-Mai avait la tête quand elle a choisi sa robe weird as fuck. Puis, je suis passée à autre chose…  C’est tout.

Revenons à Safia. Pas une seule fois j’ai pensé attaquer son hygiène, mais toi oui. Comment prétends-tu parler de la propreté de son linge? T’es allée la sentir à l’entracte? C’était pas mal gratuit, non? T’aurais juste pu dire que tu n’aimais pas son look (bien que ça serait encore superficiel mais tant qu’à être sur le perron…). Sur le plan de la propreté, on pourrait parler de Jean LeLoup qui devait sentir le swing pas à peu près avec ses cheveux gras jusqu’aux pointes. Mais bon, ça change quoi tout ça? Rien. Nada. Nothing. Fuck all.

Pour répondre à Safia qui répondait à ses juges, notre Sophie nationale a récidivé avec un article en bonne et due forme. J’avoue que Safia Nolin avait mis pas mal tout le monde dans le même panier alors que Sophie Durocher n’a parlé que des vêtements (et de leur supposée malpropreté)… m’enfin. Je vous fais grâce de la comparaison que fait So avec un toast à un mariage, qui était boiteuse comme un unijambiste, mais je m’attarde à quelques-uns de ses arguments :

«C’est quand même bizarre que je me fasse reprocher de critiquer les vêtements de Safia Nolin (sans jamais avoir fait allusion à son physique) alors que dimanche soir, le public du gala a carrément ri du physique d’un autre invité.

On a entendu un tonnerre de rire quand Louis-José Houde a fait une blague sur les obèses de 392 livres, pendant un gros plan… de Denis Coderre.

Pourtant, depuis trois jours, on n’entend personne se porter à la défense de Coderre, victime de «fat-shaming» (humiliation reliée au surpoids)»

Aille, t’as tellement raison So! C’est bizarre en effet que personne n’ait écrit d’articles sur une une blague vraiment épouvantable qui était du fat shaming. Pourquoi ne pas avoir écrit un article pour défendre Coderre et dénoncer le fat shaming? Tout le monde sait que c’est terrible!  Ben non! C’était pas mal plus le fun de parler de la petite grosse mal habillée.

Sophie a également parlé de décorum :

«Ça fait des années que je couvre les galas (Gémeaux, Artis, Jutra, ADISQ). Et chaque année, je déplore le manque de décorum de nos remises de prix: ceux qui mâchent de la gomme comme s’ils étaient des ruminants; ceux qui sacrent aux deux mots; ceux qui font des discours décousus; ceux qui ne sont pas foutus de se trouver des vêtements propres un soir sur 365»

Ben arrête d’y aller ma belle. Tu mets une tonne d’artistes ensemble, tu t’attends à quoi? Aux Nations-Unies? À la Chambre des communes? En passant, ils ont un code de conduite à la Chambre. Peut-être qu’il en faudrait un pour l’ADISQ? Suggestion pour l’année prochaine ma belle Sophie? Je dis ça d’même…

Et elle finit en beauté par ceci :

Mais alors, pourquoi êtes-vous si sensible à ce que des professionnels écrivent à votre sujet?

Ma belle et éloquente Sophie, la réponse est pourtant si simple! C’est parce que ce n’est pas professionnel ce que vous avez écrit, vous ne vous êtes pas comportées comme des professionnelles, c’est tout! Sa tenue vestimentaire et son langage n’étaient pas une nouvelle digne de mention. Le fait qu’elle ait battu les probabilités en se sortant de la merde et en raflant la découverte de l’année, ÇA c’était une nouvelle, pas le reste!

Ok, ok, je laisse donc la pauvre et malmenée So tranquille…

Passons maintenant à Lise Ravary

Elle, son cheval de bataille n’était pas tant le linge mou que le féminisme.  Elle a trippé fort la madame. Elle retournerait sa carte de membre (si ça existait) de féministe à cause de Safia.

Nous nous sommes tellement battues dans les années 70 et 80 pour que féminisme ne rime plus avec bottes de construction, jambes pas rasées et ponchos en terre cuite. Pour que l’on sache qu’on peut être féministe et féminine. Qu’une paire de talons hauts n’a rien à voir avec notre quotient féministe.

Des ponchos en terre cuite? Hein?  M’enfin.

J’ai fait un cours à l’université sur l’histoire des femmes au Québec, et c’est étrange, mais je ne me rappelle pas avoir lu quelque chose sur le combat impitoyable des femmes qui revendiquaient le droit de mettre des talons hauts et du rouge à lèvres tout en étant des FÉMINISTES. Est-ce que Madame Ravary confond ce combat avec celui des femmes lesbiennes qui, à raison, ne sont pas toutes des «butchs»? Quel argument de merde Madame Ravary. Comme si Safia utilisait son habillement pour faire un «statement» féministe. Et a-t-on le droit d’être féministe ET de porter des vêtements pas cool?Le féminisme, c’est pas justement le droit d’être comme on veut peu importe les stéréotypes ou les convenances? J’ai donc mal compris la liberté que vous m’avez obtenue à coup de brassière dans les airs.

Mais notre grande féministe Ravary ne s’en tient pas à ça, non! Elle va encore plus loin! Se mettre belle, c’est faire plaisir aux autres, c’est respecter ses fans.

«Céline, Ginette, Arianne, Isabelle Boulay et toutes et tous les autres savent que se vêtir correctement pour un spectacle ou un gala, c’est respecter son public. Lui dire : ‘vous êtes venus pour me voir, je vais m’arranger pour vous plaire sur toute la ligne’.»

Pour moi c’est comme demander à Alice Cooper d’arriver les cheveux coupés, en costard, pour venir chercher son prix afin de ne pas m’offenser. Moi, Alice Cooper, je l’aime avec son maquillage qui coule, ses cheveux tout croches et son allure de crotté… même aux Grammys.

Et ce n’est pas tout!!! Notre grande féministe affirme qu’il faut se mettre belle pour les autres, eh oui!!!

«Mais si je sors, même pour luncher avec une amie, je fais un effort. Par respect pour la personne qui va me consacrer quelques heures de sa vie. Et parce que c’est agréable de se sentir belle et femme, même quand on est féministe.»

Peut-on être plus loin encore de l’authenticité? Parce que ton amie te consacre du temps à toi Ô vers de terre que tu es, tu dois en plus te mettre belle pour qu’elle n’ait pas l’impression d’avoir perdu son temps? Suis-je seule qui voit toute l’absurdité de son propos? S’aimer pour QUI l’on est et aimer les autres pour QUI ils sont, ça ne vous dit rien ça Madame Ravary? Je comprends mieux pourquoi Safia vous a tant choqué. Vous avez été confrontée royalement à votre incapacité de vous accepter telle quelle.

 

On passe maintenant à ma préférée, Denis Bombardier

Elle, son point de mire c’est la langue (ne tombez pas sur le dos) et les conventions sociales. Notre bourgeoise nationale s’exprime! Petit peuple, écoutez!

Voici quelques extraits magnifiques à la hauteur de son mépris.

«Au gala de l’ADISQ, dimanche soir, dont je me suis imposé l’écoute en sachant que cela risquait d’être une épreuve, les gagnants m’ont encore une fois sidérée

T’es masochiste alors Den? T’aurais pu attendre au lendemain pour voir les résultats dans le journal.

Elle poursuit en parlant du fait que les artistes ne se préparent pas à prendre la parole et bafouent ou parlent mal. Elle évoque même les borborygmes! Vous savez ce que c’est? Moi je ne le savais pas, donc voici la définition du Robert (il est tellement utile ce dico) au cas où : Bruit produit par le déplacement des gaz dans l’intestin ou dans l’estomac (synonyme : glouglou). Pour en revenir au manque de préparation des artistes, je vous dirais, et après? Ils sont des musiciens pas des politiciens (en fait, le vrai mot est politique car politicien est péjoratif dans la francophonie mondiale, mais au Québec, nous aimons parler de politiciens… intéressant non?). La langue de bois, je l’entends suffisamment de la part de nos dirigeants, merci, ça va être correct!

Elle n’en reste pas là, oh non!

«Par définition, les ‘nominés’ n’ignorent pas qu’ils peuvent se retrouver devant des millions de téléspectateurs, mais à l’évidence, ils ignorent ce que sont les niveaux de langage, les comportements adaptés aux circonstances, la différence entre la parole triviale réservées aux intimes et la parole publique, plus officielle. Ils se croient au-dessus de tous les codes sociaux et attribuent à leurs bafouillages des qualités d’authenticité, de sincérité et de spontanéité. Ils sont populaires, mais ne comprennent pas qu’ils ne sont pas obligés de s’exprimer comme des handicapés de la langue

Ouf! Il y a du stock là-dedans ma Denise! Que Den défende la langue, je peux comprendre. Premièrement, elle l’écrit et la parle avec érudition. Je ne comprends pas d’ailleurs pourquoi elle écrit pour le Journal de Montréal/Québec au lieu du Devoir. Mystère. Bref. Les artistes sont un microcosme de notre société. Il y en a qui s’expriment comme Vigneault et d’autres comme Safia ou Mike Ward. À mon sens, tous ont leur place. Les bons pensants aimeraient qu’on s’exprime comme un politicien ou autre personnalité. Mais nous n’avons pas tous une grande culture ni un vocabulaire riche. C’est ainsi au Québec et ça le sera toujours. Notre langue héritée des expatriés Français a subi de nombreux changements et maintes influences, l’anglais et la religion étant les deux principales sources de grossièretés langagières. Nous ne parlons pas français. Nous parlons le québécois. Amen!

Et les convenances! Seigneur! Arrêtez avec ça!!!!!! Il n’y a pas si longtemps, la convenance exigeait qu’une femme ne donne pas son opinion en public si celle-ci différait de celle de son mari, ou encore que les homosexuels ne démontrent pas leur affection en public pour ne pas choquer la population hétérosexuelle. C’est drôle, mais je suis pour la remise en question des convenances moi! Safia Nolin n’a cherché à nuire à PERSONNE. Elle a peut-être offensé certains téléspectateurs, mais ça, ça fait partie du jeu quand tu te la joues rebelle.

Denise termine son billet en parlant de Céline qui était si chic et si classe. Primo, il n’y a pas si longtemps, Céline faisait l’objet des critiques de tous. C’était madame kétaine! Secondo, soyons honnêtes aussi : quand elle est authentique et qu’elle parle naturellement, Céline est encore kétaine. Mais on l’aime comme ça car elle est une des NÔTRES. Aussi, elle est chic car elle a eu une machine derrière elle pour la modeler et en faire un produit de consommation de masse. Et elle a du pognon à mort, ce qui explique un peu sa tenue. Donc, je te dirais de baisser d’un cran Denise et de te remettre les yeux dans les trous.

Je vais l’avouer, je n’ai jamais aimé Denise Bombardier, toutefois je respectais son savoir et son éloquence même si elle était ronflante. Mais là, tout ce que je retiens c’est qu’elle est une des femmes les plus pédantes, superficielles et hautaines qu’il m’a été donné de lire. L’authenticité, elle ne connaît pas ça. Tout a toujours été image publique pour elle. C’est donc normal qu’elle soit offusquée par une artiste qui ne veut pas se conformer.

Moi, je ne crois pas que Safia s’est fait mitrailler simplement parce qu’elle était une femme, une tite grosse, une tite pas de classe. Je pense qu’elle s’est fait descendre comme un B-52 car elle a osé être très, très différente de ce que l’on voit habituellement chez les femmes. Assumer ses bourrelets, c’est assez rare merci. Même Oprah Winfrey les cache avec une gaine, et pourtant elle est reconnue comme une dame fort spirituelle. Oui, je pense que Safia l’a fait exprès de s’habiller  et de parler ainsi, mais contrairement à ce que prétend Stéphane Roy (comédien, réalisateur et auteur), ce n’était pas parce qu’elle avait un besoin juvénile de ressortir de la masse, mais bien parce qu’elle avait un besoin viscéral de montrer à tous que tu peux être invitée à un gala parce que ta musique est top, que tu peux être nommée révélation de l’année parce que ta musique est top, que tu peux aller chercher fièrement ton trophée parce que ta musique est top, et tout ça sans avoir à parler et à être autrement que tu l’es dans la vie. Elle n’a pas reçu le trophée mannequin de l’année ou diplomate de l’année. Elle a reçu un prix pour sa musique. Fallait en rester là chères journalistes prises dans votre ego et dans la crainte du regard d’autrui. Sachez qu’en tout temps, quand quelque chose nous choque, c’est parce que ça vient heurter notre ego. Ce choc doit alors être examiné de plus près pour mieux comprendre la blessure qui s’y cache. C’est ce que j’ai fait avec l’émotion qu’a fait jaillir vos articles. Vous m’avez fait réfléchir et ce qui me heurte dans vos propos c’est qu’ils reflètent le jugement que je crains des autres. Faut s’aimer en tabarnac pour ne pas être affectée par le jugement des autres.

Sachez que les femmes trimbalent dans leur ADN des décennies de honte et quand on en voit une qui sort du lot, notre instinct (bien appuyé par notre ego) se charge de la tirer vers le bas. Une femme c’est souvent ça. Et une femme québécoise, c’est encore pire car elle vit dans une culture où on tire sur ceux qui réussissent.

Madame Nolin, pardonnez-leur car elles ne savent pas ce qu’elles font.

N.B. : mon article est également plein de jugement, je le sais. J’ai écrit en allant avec ma raison. Si par contre je vais avec mon coeur, je crois que mon article se serait résumé à ceci : Mesdames Durocher, Ravary et Bombardier, était-il VRAIMENT nécessaire de critiquer cette jeune femme qui en a bavé dans sa vie et qui commence à peine de se relever? Aurait-il été préférable de louanger son talent et son courage à la place? Aurait-il été  possible de lui donner avec amour et bienveillance des conseils pour l’aider à s’épanouir? Me semble que oui. Il y a eu pas mal d’ego dans tout ça et pas beaucoup d’amour. C’est le constat que j’en fais.

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