Mon militantisme – Journée internationale des femmes

Mon militantisme en cette Journée internationale des femmes

L’obéissance à un homme dont l’autorité n’est pas illuminée de légitimité, c’est un cauchemar.
– Simone Veil

Je n’ai jamais été une militante féministe et je ne le suis pas beaucoup plus aujourd’hui. J’aimerais parler toutefois d’une femme dont le féminisme a été subtil mais profond.

Ma mère.

maman

Ma mère est née en 1929. Elle m’a eue en 1966.

Elle vient d’une famille de 15 enfants élevés à Québec. Elle a vu son père travailler très fort, et sa mère travailler encore plus fort. Sa sœur aînée a d’ailleurs dû abandonner l’école à un jeune âge pour aider sa mère à s’occuper de la maisonnée et des enfants. Ma grand-mère – bien qu’elle ait eu un mari aimant et juste – était totalement dépendante de son époux et n’avait que peu de liberté (avec un enfant après l’autre, ou presque… Jésus!). Mon grand-père était un homme qui respectait et honorait sa femme et lui permettait de prendre congé de sa famille le samedi. Ne vous offusquez pas de savoir qu’il lui « permettait », car c’était déjà pas mal plus que ce que faisait la majorité des autres hommes de son époque. Et elle a passé la majeure partie de sa vie ainsi.

Anecdote : quand l’aîné de la famille a voulu se marier, il a dû repousser un peu la date car sa mère venait d’accoucher du dernier. Ouf. Autre époque.

Le droit de voter : un acquis pour moi, pas pour elle

Pour moi, le droit de vote est un acquis depuis toujours, mais ma mère avait 11 ans quand ce droit a été accordé aux femmes du Québec. Elle a vu ça, elle.

Demander la permission de dépenser ton argent? Say what?

Ma mère a travaillé dans l’entreprise familiale en attendant de se marier et d’avoir des enfants. Aujourd’hui, la plupart d’entre nous DEVONS travailler et souhaitons le faire. C’était tout autre pour elle.

Elle s’est mariée à la fin des années 50, et ce n’est que dans les années 60 ou 70 qu’elle a pu enfin avoir le droit à l’indépendance financière, dont le grand privilège de pouvoir signer un chèque sur son propre compte bancaire. Ça, je l’ai appris quand j’ai suivi un cours sur l’histoire des femmes au Québec, à l’université, en 1995. Après chaque cours, j’interrogeais ma mère, étant totalement incrédule, et elle me confirmait tout ce que j’apprenais. C’était étrange, car jamais elle n’avait rien décrié, mais elle m’a confié que le jour où elle a pu disposer de son argent comme bon lui semblait fut un grand jour pour elle. Ce n’est pas que mon père l’empêchait de faire quoi que ce soit, mais elle trouvait éprouvant de devoir demander la permission de dépenser l’argent qu’elle avait elle-même gagné. Ça me sciait les jambes, pas toi?

Mme Paul-André Robitaille? Euh, non.

Elle – comme toutes les femmes du Québec –  a retrouvé son nom  de naissance en 1981. Elle ne s’appellerait plus Madame Guy Voyer, mais bien Madame Monique Trépanier. J’ai toujours trouvé étrange que ma mère se présente avec le nom de mon père, comme si elle n’avait plus d’identité propre à elle. Mais c’était ainsi. Elle m’a raconté qu’elle s’était tellement identifiée à ce nom pendant longtemps que dans les premiers temps après l’adoption de la loi, elle ne répondait pas quand on l’appelait par son nom de jeune fille (c’est comme ça qu’ils appelaient ça). C’est pas débile, ça? Quand je me suis mariée, j’ai fait un clin d’oeil à cette époque et j’ai demandé à la célébrante de nous présenter à l’ancienne, mais avec un nouveau twist. Elle a donc dit : Je vous présente Madame Paul-André Robitaille… et Monsieur Johanne Voyer. On a bien ri.

Élevée dans un monde où le féminisme était subtil

Pendant toute mon enfance, je n’ai jamais entendu ma mère se plaindre du manque d’égalité pour les femmes ou du traitement qu’on infligeait aux femmes. Ma mère n’a jamais décrié aucune situation particulière. Et ce n’est pas parce que ma mère était réservée et n’avait pas d’opinion, bien au contraire! Elle n’avait  juste pas la fibre militante, je crois. J’ai donc été élevée dans un monde où la norme était de faire comme bon nous semble et de payer nos propres trucs. Si ma mère décidait un jour que le divan du salon ne faisait plus l’affaire, elle allait au magasin, l’achetait et informait mon père, le soir venu, qu’on aurait un nouveau divan bientôt. Elle ne négociait pas, elle annonçait. J’ai vraiment pris d’elle à cet égard…

Deux souvenirs féministes

Je me souviens de deux choses en particulier que l’on pourrait qualifier de féministe chez ma mère.

Ma mère nous avait raconté que dans les premières années de son mariage, elle trouvait inconcevable que mon père, qui était assis le dos au réfrigérateur, lui demande à ELLE de se lever et d’aller lui chercher un verre de lait, p. ex. Elle disait que mon père avait été gâté-pourri par sa mère. Un jour, elle en a eu marre et lui a carrément dit, sans détour, qu’il pouvait se lever le derrière de sa chaise pour ouvrir le réfrigérateur et prendre ce dont il avait besoin. Chaque fois que ma mère nous racontait cette anecdote, elle riait, car elle se souvenait de la face de mon père à cet instant précis. Il avait compris qu’elle ne négociait pas… Elle venait d’instaurer une nouvelle règle. Je pense qu’elle était assez fière de son coup et de son audace (oui, c’était de l’audace à cette époque).

Et moi, en tant que fille et femme, le seul message qu’elle m’a toujours transmis, et sur lequel elle a toujours insisté, c’est que je demeure en tout temps autonome financièrement et que je ne sois jamais dépendante d’un homme. Elle me le répétait chaque fois qu’elle en avait l’occasion. Ciel qu’elle y tenait.

Et c’est ce message à saveur féministe qui m’a profondément guidé jusqu’à présent. Peu importe avec qui j’étais en couple, j’ai toujours insisté pour payer mes choses, même ce qui serait utilisé par tous.  J’insistais pour que tout soit à mon nom, dûment acheté par moi, pour ne jamais devoir quoi que ce soit à personne. Dans l’ensemble, cette stratégie m’a grandement servi.

L’envers de la médaille

L’idée de me marier me rendait nerveuse, car je savais alors qu’un patrimoine familial allait se constituer, me privant ainsi de mon autonomie et de ma liberté financière totale.  Une méfiance profonde m’habitait. Il y a presque trois ans, je me suis mariée à un homme généreux, humain et bienveillant, et indépendant financièrement, mais j’ai encore énormément de difficulté à accepter son aide d’une quelconque façon. J’ai une peur profonde de perdre mon autonomie et d’être vulnérable. On y travaille à deux, et je suis chanceuse que mon mari comprenne ce qui se passe dans ma tête, même si c’est étrange pour lui. C’est ancré très profondément, trop peut-être.

Passer au suivant

Cette valeur d’autonomie féminine, je l’ai transmise à ma fille aînée, et la plus jeune entend encore ce message. C’est ça mon féminisme à moi. C’est d’éduquer mes filles à être indépendantes et mon fils à traiter avec respect et amour les femmes et à ne jamais vouloir les asservir. Jusqu’à présent, mission accomplie.

Mais revenons à mon manque de militantisme. Mon féminisme a été vécu dans le concret d’une façon très individualiste. C’est sûrement dommage que je ne ressente pas le besoin de me battre pour l’égalité des femmes, peut-être parce que dans ma société à moi, au Québec, même si l’égalité n’est pas parfaite, elle est drôlement plus acquise qu’ailleurs dans le monde. Je vis dans une sorte de confort féministe. Je devrais sûrement développer plus d’altruisme pour les femmes ailleurs dans le monde qui subissent des injustices inimaginables… J’en conviens.

Hommage à celles qui luttent

Je dirai donc ceci. À toutes ces femmes qui militent et poussent, je vous demande pardon et je vous voue une admiration sans bornes, comme à Blandine Maillard, qui vient de mettre au monde un site où des femmes ordinaires partageront des histoires extraordinaires afin d’inspirer d’autres femmes. Allez voir sa page Facebook et son site web  Légende des femmes inspirantes  où elle explique son projet du cœur.

Je laisse égoïstement le militantisme aux autres femmes qui ont encore le goût de brûler leurs brassières. Moi, j’aime bien suivre des initiatives comme celle de Blandine, qui estime que c’est dans l’ordinaire que se cache l’extraordinaire.

Et je remercie ma mère, cette femme forte et déterminée, de m’avoir inculqué cette valeur féministe, valeur que j’ai pu transmettre à mon tour. J’espère que ton âme est en paix et que tu es toujours aussi maître de ta vie!

Alors, voilà un peu ma position sur le militantisme en cette journée internationale des femmes.

À chacun sa façon d’encourager la cause.

Tranche de vie

Ma fille, à la peau basanée et au prénom « étranger », me disait l’autre jour qu’elle voudrait se réincarner en homme, de race blanche, en Islande afin d’avoir enfin la possibilité de jouer sur un échiquier à chances égales. C’est triste, non? C’est là que je vois qu’il reste encore du chemin à faire, tant pour la cause des femmes que des minorités, qu’elles soient visibles ou non…

Deux autres sites intéressants :

Citations de grandes féministes

Site sur les grands événements féministes au Québec

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By | 2017-06-27T19:48:22+00:00 mars 8 2017|Croissance personnelle, Vie quotidienne|3 Comments

3 Comments

  1. Ge 9 mars 2017 at 22 h 40 min - Reply

    C’est fou ce que plusieurs de nos acquis sont récents, quand même. Bel article! J’aime!

  2. Susan Auger 9 mars 2017 at 15 h 26 min - Reply

    Very interesting read. Your Mom and GrandMaman were very  »special » ladies for their time/generation. We owe them thanks for knowing YOU today !

  3. Anonyme 9 mars 2017 at 9 h 58 min - Reply

    Very interesting read. Your Mom was quite a special lady for her time/generation. Thanks to her we know you!! ♥

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