Critique du documentaire La dictature du bonheur

Critique du documentaire La dictature du bonheur

La vérité, radieuse, et le mensonge, inéluctable, assis côte à côte.
– Isaac Marion

Je viens de visionner l’émission La dictature du bonheur, de Marie-Claude Élie-Morin, à Télé-Québec. Ça vaut la peine de regarder ça si vous voulez avoir une vue biaisée de la croissance personnelle…

D’abord, selon la description, Marie-Claude (…) cherche à mieux comprendre cette recherche obsessive du bonheur qui occupe notre époque (…).

En fait, je crois que Marie-Claude a plutôt tenté de faire le procès du développement personnel comme si ce phénomène n’avait pu empêcher la mort de son père, en 2012, et qui était un adepte de la croissance personnelle et – si j’ai bien compris – de la pensée positive à tout prix. Même si toute sa vie il avait été positif et avait tout fait pour être heureux et en santé, il a eu une fin douloureuse. De surcroît, vu qu’il croyait qu’il allait vaincre son cancer, il n’a pas donné à son entourage la chance de préparer son départ (il ne parlait pas de sa mort imminente).

Tout le long du documentaire, elle cherche à mépriser le domaine du développement personnel et les gens qui le pratique. D’un côté elle a raison car nombre d’ouvrages ou «gourous» laissent miroiter que la pensée positive garantit une vie sans difficultés. Mais elle ne va pas plus loin, pourtant de nombreux autres présentent la pensée positive comme une façon de GÉRER sa vie avec ses hauts et ses bas. J’aurais aimé qu’elle creuse un peu plus loin pour montrer que c’est une philosophie de vie dont on parle ici, pas de bonheur en deux étapes et en quatre semaines pour deux paiements modiques de 200 $ chacun. C’est pas parce que tu manges sainement, que tu penses positivement, que tu fais du yoga et que tu es gentil avec tout le monde que tu n’auras pas une osti de maladie de marde, souffrante à l’os.

Son reportage est néanmoins intéressant et on peut lui pardonner l’angle qu’elle a choisi de prendre (vu sa blessure) mais il manque affreusement de nuance. Peut-être que dans son livre du même titre, elle ratisse plus large, mais dans son documentaire, non.

La logique de son documentaire est difficile à suivre car les liens qu’elle fait (ou pas, car c’est parfois difficile de voir le fil conducteur) entre chaque segment reposent sur une argumentation pleine de lacunes. Et tout le long, elle ne laisse planer que le spectre des crosseurs et charlatans. Pauvre petit peuple de caves que nous sommes.

On commence par l’histoire du développement personnel (les liens faits par la sociologue sont quant à moi un peu tirés par les cheveux, l’essor du développement personnel étant davantage attribuable à mon humble avis au vide laissé par le rejet de la religion).

On saute à l’image du bonheur véhiculé sur les réseaux sociaux (ici le sujet EST pertinent avec la dictature du bonheur, bravo!).

Et hop! Parlons des crosseurs du marketing relationnel qui veulent séduire les gens en quête de bonheur professionnel (c’est donc nouveau de vouloir être heureux dans sa job…, ok d’abord). Faut croire que les représentantes Avon, Tupperware, MaryK, Amway, etc. sont des précurseurs dans ce domaine. On les trouvait ok dans le temps mais maintenant ce sont de faibles en quête de bonheur. N’importe quoi. C’est quoi le rapport entre les systèmes paramidaux (légaux) et la dictature du bonheur? Éclairez-moi quelqu’un.

Mais que dire des coachs et motivateurs? Faut pas les laisser de côté ceux-là! C’était une entrevue honnête avec David Bernard, bien que celui-ci semble désavouer son dernier livre, comme si ce qu’il disait dedans n’était pas valide finalement parce qu’il n’a pas réussi son mariage… Hum… Pas certaine que c’est ça que voulait transmettre David. Peut-être un peu de manipulation au montage? Je dis ça d’même…

Aussi, un conférencier professionnel s’inquiète qu’il y ait des conférenciers non spécialistes qui se prononcent sans s’appuyer, selon lui, sur la science (et sans faire partie d’un ordre). On laisse alors planer l’idée que si tu n’as pas affaire à un conférencier professionnel, tu te feras fourrer ou berner.

L’entrevue avec François Lemay était correcte aussi. Mais on a eu quand même droit à un montage habile où on voit des gens émus lors d’une de ses conférence en même temps qu’une psy parle qu’on profite des personnes fragiles… Crosse à l’horizon! Attention pauvre petit peuple naïf!

Il y a des tonnes de sous-entendus qui me rendent mal à l’aise, et c’est tellement hallucinant à quel point la recherche a été biaisée et superficielle.

Rien n’est regardé à fond, et même les témoignages des experts sont unidimensionnels. Par exemple, on entend une directrice de l’Institut en santé mentale, Sonia Lupien, dire que si le développement personnel était si efficace que ça, il suffirait de lire un seul livre pour être libéré de nos problèmes, et les gens n’auraient pas à en acheter d’autres. HELLO? IS ANYONE HOME? Mais dites-moi, c’est quand la dernière fois – PEU IMPORTE LE DOMAINE – qu’un seul livre a été suffisant pour quiconque?  Pour se faire une idée, il faut confronter diverses pensées non? C’est ça que mon prof de philo m’avait enseigné pourtant. Quel jugement étroit de la part d’une scientifique! Sans parler de la condescendance. On achèterait des livres de développement personnel en raison de problèmes de santé mentale. Mais notre directrice se reprend (pour ne pas dire se contredit) quand elle dit qu’il n’y a pas une seule formule magique, car nous sommes tous différents. Et elle étend son analyse pour parler du fait que les ouvrages de développement personnel encourageraient même le refoulement ou la négation des sentiments négatifs. Oui dans certains ouvrages MAIS PAS DANS TOUS (au fond c’est ça que je reproche, un seul angle est vu).

Elle passe ensuite au témoignage de Guy Corneau qui parle de ses croyances liées à son cancer (il estime que la maladie a été une façon pour son corps de lui dire que quelque chose n’allait pas dans sa vie, dans son être profond), puis elle fait un lien avec le témoignage de la psychologue qui travaille auprès de patients atteints du cancer et qui les met en garde contre la philosophie de la pensée positive qui prônerait la nécessité de toujours voir la vie en rose. Elle leur parle aussi contre les théories selon lesquelles on est responsable de nos malheurs car elle ne veut pas que ces gens se culpabilisent en plus de vivre ce qu’ils vivent… Je crois que Guy Corneau est plus nuancé que ce qu’il a été présenté à son sujet. C’est juste une impression que j’ai eue.

On a droit aussi à une entrevue avec une dame qui a eu plusieurs épisodes de dépression. Ce segment était bien ancré dans le sujet quant à moi (dictature du bonheur et stratégies bonbon pour dealer avec la dépression). Mais comprenons-nous bien. Dans certains cas, si une personne n’avait pas nié ou refoulé ses problèmes ou malaises  dès leur apparition, la dépression aurait pu être évitée. J’imagine toutefois que lorsque tu es dépressif et que tu vois tout autour de toi la pression de devoir être heureux, ça doit te donner l’impression d’être encore plus croche que tu ne l’es…

Avant de terminer, j’aimerais revenir au père de Marie-Claude. En quoi a-t-il été sous l’emprise de la dictature du bonheur??? Il a simplement choisi de vivre en fonction d’une philosophie qui lui permettait de gérer les hauts et les bas de la vie et d’aider les autres, à sa manière. Il a mis toutes les chances de son bord, mais la roulette en a décidé autrement. Point final. Peut-être que s’il n’avait pas adopté ce style de vie, il serait mort bien avant aussi. Ou plus tard. On le saura jamais. Such is life. Et on sent qu’elle lui en veut (ainsi qu’au domaine du développement personnel) de ne pas avoir pu discuter avec lui de sa mort imminente. Doit-on faire plaisir à nos proches même jusque dans notre mort? Ne peut-on pas décider de notre vie et de notre mort? Si je veux être en déni jusqu’à la fin (en supposant que c’est du déni), me semble que je devrais pouvoir le faire, non? C’est ma vie après tout! Mais on est tellement égoïste que pour éviter ou diminuer la souffrance, on demandera à une personne mourante de répondre à NOS besoins. Jésus! Mon père est mort sans crier gare à 67 ans, et je te jure qu’il m’en restait des trucs à discuter avec lui, et ça m’a brisé le coeur. S’il ne s’était pas comporté comme un petit jeune, à déménager lui-même des maudits réfrigérateurs dans ses blocs appartements, peut-être que son coeur n’aurait pas ressenti le besoin de se mettre à off. Qui ou quoi dois-je blâmer? Rien ni personne. C’est comme ça…

Ce que j’aimerais comprendre c’est ce qu’elle énonce à la fin, à savoir que le fait de croire qu’on est le seul responsable de notre bonheur fait en sorte qu’on manque de compassion envers soi-même et les autres. Je ne vois pas comment. On peut m’éclaire encore?

Bref, un documentaire intéressant mais biaisé et décousu. Dommage.

Je t’invite sur mon autre site web Tes choiX. Ta vie. Tu y trouveras des articles intéressants pour mieux gérer ton mental, tes émotions et tes affaires et ainsi créer la vie que tu mérites.

Viens me voir sur Youtube et abonne-toi!

C’est une plate-forme où je me livre le coeur grand ouvert!

By | 2017-06-27T19:48:23-04:00 novembre 22 2016|Bonheur, Croissance personnelle, Non classé|1 Comment

One Comment

  1. Anonyme 22 novembre 2016 at 7 h 43 min - Reply

    Bien d’accord avec toi.

Leave A Comment